Catherine Raoulas
En 19 toiles, la lutte de l'homme et du poisson - Lorient
vendredi 28 octobre 2011
Catherine Raoulas mélange ses univers culturels, terriens et marins. L'artiste peintre a pris les gestes du gouren (la lutte bretonne) pour évoquer la pêche.
L'histoire
Dans son repaire de conteneurs, Catherine Raoulas cultive à la fois les brises marines de Keroman et de Kergroise, ses ports, et son enfance à Châteaulin, quand ses frères, pratiquaient la lutte bretonne à l'école. Ses nouvelles peintures - une saisissante série de 19 toiles - propose un hardi mélange des deux univers qui façonnent la Bretagne.
Loyauté pour l'adversaire
« C'est le résultat d'une rencontre, avec Yann qui connaît le monde de la pêche et qui pratique le gouren, la lutte bretonne. Pour lui, le pêcheur lutte aussi avec le poisson ! » L'idée, audacieuse, de peindre ces gestes, lui a paru forte.
Catherine Raoulas a puisé dans ses souvenirs, mais aussi dans les livres. « Je me suis beaucoup documenté sur la lutte, je suis allé voir des démonstrations ». Dans les tournois, elle a saisi avec précision la subtilité des prises, et le « Lamm », lorsqu'un lutteur réussit à mettre son adversaire sur le dos et à lui faire toucher les deux omoplates en même temps au sol. « Il y a une loyauté, un respect des lutteurs que l'on retrouve chez les pêcheurs face au poisson. »
Des gestes similaires
Il faut y ajouter l'intensité du combat. Les pêcheurs ont bien aimé l'exposition. Ils fréquentent son atelier Lieu noir, Lieu jaune, alors qu'ils n'oseraient sans doute pas franchir le seuil d'une galerie. « Eux et moi ont trouvé beaucoup de ressemblances dans les positions des bras et des jambes des lutteurs et des marins, dans les gestes. »
Catherine Raoulas a traduit ses impressions sur de grandes toiles. « Les lutteurs m'ont offert un rouleau de toile de coton, spécialement fabriqué pour leurs tuniques. » Elle s'est engouffrée dans cet espace large comme leurs épaules. « Cette matière donne les mêmes effets qu'une aquarelle. »
L'artiste peintre s'est mise en position de lutteuse, désertant le chalet. « J'ai peint toutes ces toiles ici, à même le sol, il en garde des traces. Avec mes outils préférés, les tournevis. » Des jets de peinture, un produit de récupération bien dans l'esprit de l'atelier : de la glycérine pour les bateaux, pour donner toute leur puissance à des gestes dépouillés.
Le noir et blanc exprime la tradition, les couleurs traduisent les habits de mer rincés par les embruns, parfois une trace de sang, souvent un bleu prudent pour de gros poissons. Il fallait que la lutte paraisse égale. « Je n'allais pas les affronter à une sardine. Mais pourquoi pas à un banc de sardines ? » Une nouvelle idée à accrocher aux murs de toutes les criées de Bretagne.
Gildas JAFFRÉ.
Jusqu'au 30 novembre, du lundi au samedi, de 10 h à 18 h, 4, rue Florian-Laporte, Lorient.
Article ouest-france 2011

