Christophe Cariou, logisticien à Dubaï
Tout d’abord, peux-tu me présenter ton parcours ?
Je suis originaire de Brest, j’ai fait un I.U.T en transport et logistique à Quimper suivi d’une licence professionnelle logistique multimodale à Reims avec un stage de 4 mois en République Tchèque. Ensuite, j’ai fait un master 1 à la faculté des affaires internationales du Havre, et je suis parti pendant 4 mois au Pérou faire mon stage. Puis j’ai fait un master 2 en management international à Brest en 2006 avec un stage de 6 mois dans une société française Lactalis Industrie, j’étais assistant export sur le marché asiatique, on exportait des poudres de lait sur toute l’Asie. En 2007, je suis parti en Irlande où j’ai travaillé chez différentes sociétés comme Master Food qui fabrique les Twix, mars, uncle benz . . ., 8 mois chez Tesco, une société de grande distribution. J’ai démissionné pour aller travailler chez le prestataire logistique de Nestlé, on préparait et on livrait les commandes Nestlé en Irlande. Puis je suis revenu en France chercher du travail, mais le contexte économique de 2009 n’a pas arrangé les choses. Donc je me suis réorienté sur l’international, j’avais donc deux opportunités en VIE ( volontariat international en entreprise) une pour aller au Kenya et une autre avec le conseil général du Finistère pour aller à Dubaï pendant 2 ans. J’ai donc saisi cette dernière opportunité, je suis parti à Dubaï en septembre 2009 jusqu’en 2011, tout de suite après j’ai trouvé un emploi dans une entreprise agroalimentaire Française chez spécialisée dans les épices mais seulement pour 3 mois, j’ai démissionné fin octobre 2011. J’ai cherché un emploi pendant 5 mois, et en mai 2012 j’ai commencé chez SDV logistique.
En quoi consiste ton activité professionnelle chez SDV logistique ?
Mon travail concrètement c’est de rencontrer les sociétés ici à Dubaï qui vont importer ou exporter des marchandises vers la France. Mon principal objectif c’est de développer le commerce entre la France et les Emirats Arabes Unis. SDV en tant que prestataire logistique est très bien placé au niveau tarifaire et de la qualité des services.
Quels sont les secteurs économiques clés aux Emirats Arabes ?
Tout d’abord, les Emirats Arabes c’est une fédération de 7 émirats avec la capitale Abu Dhabi qui est l’émirat le plus puissant. Abu Dhabi c’est 80% du territoire et 45% du PIB avec une activité pétrolière dominante, elle produit et elle exporte près de 2,5 millions de barils de brut par jour. C’est un très gros producteur pétrolier mais ils savent très bien que le pétrole va s’épuiser, donc ils ont décidé de se développer dans le tourisme culturel en construisant massivement des musées, une université en partenariat avec la Sorbonne. Ils ont voulu aussi se lancer dans les énergies renouvelables en créant la cité zéro déchets, zéro émissions de carbone, zéro pollution (MASDAR). Ils veulent être un cluster technologique pour le développement des prochaines technologies solaires. Ensuite au sud de l’émirat (Al-Ain) ils ont monté un cluster dans le domaine aéronautique, ils veulent devenir les principaux fabricants de matières composites du Moyen Orient. Ils ont vraiment une volonté de se diversifier, parce que la réserve de pétrole d’Abu Dhabi est encore estimée à 80 années, donc une fois que cette ressource sera épuisée, ils veulent garder le même niveau de revenu pour ses habitants.
Et à Dubaï, quel est le secteur dominant ?
A Dubaï, c’est vraiment différent parce que le pétrole ne représente que 6% du PIB contrairement à Abu Dhabi. Une des activités dominantes c’est véritablement le tourisme, aussi bien le tourisme d’affaires que celui de luxe. Les touristes viennent beaucoup d’Europe, d’Arabie Saoudite, de l’Iran, du Koweït et d’Asie centrale.
Selon toi, il y aurait des opportunités pour les entreprises bretonnes ?
Il y a déjà des entreprises bretonnes installées à Dubaï comme SDMO de Brest (premier constructeurs au monde de groupes électrogènes).
Dans le domaine de l’agroalimentaire, les Emirats importent 80% de leurs besoins alimentaires. Pour moi venir installer son entreprise dans ce domaine n’est pas intéressant car il y en a plusieurs déjà installés, mais par contre travailler avec ces réseaux peut représenter une opportunité.
Ils sont vraiment ouverts pour faire du business et ils savent même si ils ont une main d’œuvre soit du continent indien, des Philippines, de l’Indonésie, de la Malaisie quand on parle de management ils ont besoin généralement d’européens, d’occidentaux. Dans ce secteur il y a un gros manque.
Pour s’installer ici, la seule clé de réussite c’est d’avoir un gros volume d’affaires. Parce que Dubaï est au carrefour entre l’Europe et l’Asie, toutes les sociétés asiatiques sont déjà ici, il y a une très forte concurrence.
Et dans ton secteur d’activité du transport et de la logistique, il y a des opportunités ?
En termes d’infrastructures, ils ont tout ce qu’il faut : un port en eau profonde qui est le meilleur de la région du Moyen Orient, l’aéroport de Dubaï qui accueille plus de 50 millions de personnes par an, il y a plusieurs compagnies aériennes et beaucoup d’entreprises de logistiques.
En règle générale aux Emirats arabes, tous les secteurs sont déjà développés.
Qu’est ce qui pourrait attirer les entreprises à Dubaï ?
Les attraits sont nombreux : il n’y a pas d’impôts pour les employés, tous les secteurs sont représentés et développés ici, c’est un carrefour entre l’Europe et l’Asie qui aujourd’hui est très bien connecté avec l’Afrique, le climat est agréable il fait beau presque toute l’année. De plus avec le passeport européen on a des facilités, il nous donne 30 jours de visa automatiquement, au bout de 30 jours on peut sortir du pays et revenir quand on veut.
Dubaï a aussi lancé un concept de « free zone » c’est-à-dire de zones franches. Normalement pour s’installer aux Emirats arabes il faut un partenaire qui détient au moins 51% des parts de la société, on n’a donc pas la majorité du capital social. D’où l’avantage de s’installer en free zone c’est qu’on peut être propriétaire à 100% de sa société, on ne paie pas d’impôts et surtout on a des facilités comme par exemple avoir des visas rapidement, de louer des bureaux à bon marché. En plus ils ont classés les free zones par thématique : internet city spécialement pour la haute technologie, media city pour la publicité, les médias, au total il y en a une trentaine. Tout est mis en place pour attirer les investissements étrangers sur les free zones à Dubaï et aux Emirats en général.
Les Emirats Arabes unis, un pays multiculturel ?
Oui, effectivement, il y a environ 140 nationalités différentes ici avec une très grande majorité d’immigrés du continent Sub-Indien (Inde, Pakistan, Sri Lanka,…)
Tu te sens toujours attaché à la Bretagne ?
Oui, bien sûr, j’essaie de revenir dès que je peux parce que ma famille est en Bretagne. Du côté institutionnel, je conserve des relations avec le conseil général du Finistère et avec quelques entreprises finistériennes avec lesquelles j’ai travaillé.
Il y a une association de bretons aux Emirats Arabes Unis « l’amicale d’Abu Dhabi » ?
Oui, mais de nos jours elle n’est plus très active. Le gouvernement français a décidé de s’allier stratégiquement avec l’émirat d’Abu Dhabi, ils ont donc mis en place une base aéronavale couplée à une base militaire. La partie navale se compose de beaucoup de marins qui viennent de Brest ou de Toulon. Ces marins ont créé l’amicale des bretons d’Abu Dhabi (ABAD). Ils ont organisés quelques événements comme la fête de la Sainte Yves mais désormais elle ne fonctionne plus vraiment.
Avant que je te contacte, connaissais-tu la DEB ?
Non, pas du tout, je me suis inscrit sur la page et j’ai visité le site parce que je crois en l’effet de réseau, c’est toujours intéressant de pouvoir échanger entre des bretons et de pouvoir aider des entreprises qui souhaiteraient venir s’installer ici.
As-tu un petit conseil à donner ?
Il faut croire en son projet mais avant tout il faut préparer son voyage au mieux en se mettant en relation avec des personnes qui pourraient nous aider à trouver du travail, et travailler son réseau parce qu’ici les gens qui cherchent un emploi, ils vont le trouver dans 90% des cas grâce à leur réseau.
Je te remercie de m’avoir accordé du temps Christophe, Bonne continuation et à bientôt !
Adeline Le Gouellec

